On croit souvent que l’acide hyaluronique disparaît en 10 à 12 mois, au maximum 14 mois. En réalité, cette durée est variable. Le phénomène peut être très rapide chez certaines personnes et très lent chez d’autres. La présence d’acide hyaluronique influence la prise en charge et peut compliquer certains aspects du geste chirurgical, surtout lorsqu’une quantité importante a été injectée.
Il se résorbe et se diffuse plus ou moins vite
Le phénomène de dégradation de l’acide hyaluronique par le corps est variable d’un individu à l’autre. Certaines personnes présentant un terrain auto-immun peuvent ainsi très peu le dégrader, voire ne pas le dégrader du tout.
Le site d’injection et la présence ou non de muscles jouent également un rôle essentiel. Par exemple, l’effet de l’acide hyaluronique peut disparaître assez rapidement quand il est injecté dans les lèvres, mais il peut persister jusqu’à 2 à 3 ans dans d’autres zones, comme les tempes.
Et pour cause : les contractions des muscles au niveau des lèvres poussent le produit à migrer dans les profondeurs du visage et contribuent à une diminution plus rapide de son effet. À l’inverse, sa tenue est plus longue lorsque le praticien l’injecte de manière plus superficielle, dans une zone plus éloignée des muscles.
Les deux cas sont possibles au niveau de la tempe. Une injection sous la peau se révèlera nettement plus durable que le même geste effectué plus en profondeur, à cause de la présence du muscle temporal.
On peut donc noter qu’une disparition rapide du résultat ne signifie pas toujours que le patient a tendance à dégrader rapidement l’acide hyaluronique.
Il peut poser quelques problèmes
C’est particulièrement le cas lorsqu’il a été déposé dans les pommettes ou la région sous-orbitaire. Et ce, même si les injections ne sont plus visibles ou qu’elles remontent à plusieurs années.
Les volumes du visage s’affaissent avec le temps : ceux des pommettes descendent progressivement au-dessus du sillon nasogénien et vers les bajoues. Certains praticiens ont recours à des injections de produits de comblement dans les pommettes pour compenser ce phénomène
Elles sont le plus souvent réalisées dans les tissus graisseux. Les injections d’acide hyaluronique posent moins de problèmes lorsqu’elles sont pratiquées de manière très profonde, au contact de l’os, mais c’est rarement le cas. En pratique, la multiplication des injections dans les plans intermédiaires sature les tissus.
Une surcharge disgracieuse
Un remplissage excessif d’acide hyaluronique dans les pommettes, génère un résultat artificiel qui altère les proportions naturelles du visage. Les yeux paraissent enfoncés, avec une forme en amande marquée et peu esthétique. Cette énophtalmie évoque parfois un visage avec des « yeux de chat ».
Une obstruction des vaisseaux lymphatiques
Des études utilisant l’angiographie à la fluorescéine montrent, sans équivoque, que le drainage lymphatique est perturbé dans les zones du visage ayant reçu des injections. Un lymphœdème chronique s’installe lorsque cette circulation est durablement entravée. Avec le temps, il s’accompagne même de modifications des tissus sous-cutanés, avec une tendance à la transformation graisseuse et au lipoedème. Le visage apparaît alors gonflé et épaissi.
Davantage de contraintes au moment du lifting
Le chirurgien est confronté à un visage qui ne présente plus ses proportions naturelles. Cette nouvelle donne l’oblige à adapter son geste, même si l’acide hyaluronique n’est jamais une contre-indication au lifting. L’une des propriétés de ce produit est qu’il retient l’eau. Les oedèmes opératoires seront donc plus importants, en particulier dans la région malaire, et ils dureront plus longtemps. Certains sites d’injection, comme les tempes, l’ovale du visage ou le sillon nasogénien, sont toutefois moins concernés par ces difficultés.
La question du lipofilling
Lors du lifting, le chirurgien est amené à combler certains volumes du visage par des injections de graisse, une technique appelée lipofilling. La présence d’acide hyaluronique modifie cette stratégie : la quantité de graisse injectée et sa répartition doivent être ajustées.
Les précautions à envisager avant un lifting
La meilleure option est de dissoudre le produit 3 à 4 semaines avant la date prévue pour le lifting. L’objectif est de permettre au chirurgien d’intervenir dans des conditions optimales, avec des volumes faciaux naturels et un réseau lymphatique fonctionnel.
En pratique, le spécialiste injecte en cabinet une enzyme qui dégrade l’acide hyaluronique, la hyaluronidase. Un test préalable permet de vérifier l’absence de réaction allergique.
Cette démarche nécessite toutefois une bonne traçabilité des injections réalisées : leur date ainsi que les zones traitées doivent être connues. Il est également important de rappeler que cette méthode ne s’applique qu’à l’acide hyaluronique, et à aucun autre type de produit de comblement.
En cas d’incertitude, une échographie haute résolution ou une imagerie plus poussée type IRM pour voir où il reste du produit du visage peut être proposée afin de localiser d’éventuels dépôts résiduels dans les tissus. Même si de petites quantités peuvent parfois passer inaperçues, cet examen apporte des informations utiles pour la planification opératoire.